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Mouvement de boycott Sommes-nous à la veille d’un remaniement ministériel élargi ou d’un nouveau séisme politique ?

Mouvement de boycott  Sommes-nous à la veille d’un remaniement ministériel élargi ou d’un nouveau séisme politique ?

21-06-2018 à 11:01:01

Deux faits majeurs sont intervenus au Maroc ces dernières semaines, contribuant à créer un climat de tension diffuse mais généralisée dans le royaume.

Le premier se cristallise dans la campagne de boycott à l’encontre de Centrale Danone, les eaux Sidi Ali et le distributeur de carburant Afriquia. Beaucoup de choses ont été dites à ce sujet. Certains veulent y voir la main d’un bloc d’“Ultras” du PJD coalisés autour de Abdelilah Benkirane, qui n’auraient jamais admis que leur « raïss » ait été écarté de la chefferie du gouvernement au profit de son frère-ennemi, Saad-Eddine El Othmani. D’autres ont évoqué tour à tour des manœuvres concurrentielles, un complot ourdi de l’étranger, ou encore un plan machiavélique à objectif obscur…

Le second fait majeur est la faiblesse du gouvernement et son incapacité à trouver des réponses pragmatiques à des problèmes urgents. Au mieux, on pourrait évoquer l’incompétence. Au pire, on estimerait que le chef du gouvernement est obsédé par la survie de son exécutif et celle de sa fragile coalition, au détriment de l’intérêt général.

Pour El Othmani et son équipe qui sont dans l’embarras, la démission du ministre des Affaires générales et de la Gouvernance, Lahcen Daoudi qui a multiplié les faux-pas depuis le lancement de la campagne de boycott et qui semble avoir commis l’erreur de trop, est sans doute une aubaine pour calmer la colère de l’opinion publique, en attendant de voir mieux.

Cependant, cette décision qui sonne comme un aveu de l’impuissance du gouvernement à faire face à une situation qui lui échappe complètement, ne peut durer éternellement et appelle la question suivante : « Serait-on à la veille d’un remaniement ministériel élargi ou d’un nouveau séisme politique ? ».

Car, si le Roi ne s’est pas prononcé jusqu’à présent, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’agira pas à terme et une colère royale serait plus que légitime si la situation s’éternise et que les politiques ne prennent pas, enfin, leurs responsabilités pour sortir le pays d’une crise inédite. .

En fait, la démission de Daoudi suite à son apparition surprise aux côtés de salariés de Centrale Danone qui protestaient contre la campagne de boycott visant leur entreprise, est venue pour couronner un chapelet de dérives, sachant que, depuis le début de la crise, le 20 avril dernier, plusieurs membres du gouvernement ont préféré attaquer, menacer, insulter les Marocains, au lieu d’écouter et de tenter, dès le départ, de trouver des solutions efficaces. Or, c’est connu, l’attaque est la pire des défenses et ces faux-pas n’ont fait que verser de l’huile sur le feu, cristalliser les tensions et légitimer un mouvement qui aurait pu se dissoudre dans le temps si les politiques avaient su gérer la crise au lieu de la minimiser et lui tourner le dos, donnant l’impression d’être plus soucieux de rester au pouvoir que de trouver des solutions urgentes au malaise populaire.

La tâche du gouvernement ne consistait pas, en effet, à chercher les instigateurs de la campagne de boycott pour les menacer et les injurier, mais plutôt à comprendre pourquoi un mouvement, plutôt maladroit, né sur les réseaux sociaux, a pu obtenir tellement d’adhésion populaire.

La nouveauté qu’on devait retenir, c’est l’émergence de cette « opinion publique numérique » qui s’affranchit du mur de la peur, utilisant les insaisissables Facebook, Whatsapp et Twitter comme un exutoire des frustrations d’une vox populi qui n’a trouvé aucun autre moyen de se faire entendre. L’autre erreur, c’était de croire qu’avec le boycott et les réseaux sociaux, les consommateurs ont pris le pouvoir et qu’il fallait donc les mater. Un genre de politique révolue.
Le vrai problème c’est qu’une bonne partie de la population a l’impression de ne pas compter aux yeux de ceux qui décident. On n'a pas besoin de sondage pour se rendre compte à quel point la confiance entre l'opinion publique et le gouvernement est compromise.

En plus clair, on est de plus en plus convaincu que le gouvernement vit dans sa bulle et son luxe, délaissant le peuple se débattre dans des problèmes d’emploi, d’enseignement, de santé, entre autres. C'est comme s'il y avait deux mondes parallèles: un monde de la vie quotidienne du citoyen lambda, et un autre, celui des décideurs indifférents à se préoccupations.

Le gouvernement qui n’a pas su tirer l’enseignement principal de cette situation qui échappe à son contrôle, se trouve aujourd’hui dans l’impasse. Cela ne saurait durer éternellement et la responsabilité de l’exécutif serait encore plus engagée dans le cas où cette situation venait à se dégrader davantage.

Ce qui complique encore plus les choses, c’est que le gouvernement est dans la ligne de mire de, non seulement l’opinion publique sur les réseaux sociaux, mais aussi de l’opposition dont les interventions sont de plus en plus musclées. Les parlementaires du parti authenticité et modernité (PAM) et de l’Istiqlal n’ont pas hésité, au cours des derniers jours, à tirer sur l’Exécutif. Des voix au sein du PAM vont plus loin en appelant à présenter une motion de censure. La semaine dernière, un député du PAM a demandé en séance plénière à El Othmani de dissoudre le parlement puis le gouvernement en vertu des dispositions de l’article 104 de la loi fondamentale.

Aussi, la question est de savoir si le gouvernement El Othmani résistera-t-il longtemps à cette situation qui le met sur la sellette?
Dès lors, une solution s’impose. Laquelle ?
En fait, il y en aurait trois qui impliqueraient inéluctablement l’intervention du chef de l’Etat qui dispose d’une palette d’actions suffisamment large pour permettre au pays de sortir de la crise.

La première alternative, et la plus simple, consisterait en un remaniement profond du gouvernement actuel avec l’incorporation éventuelle d’un autre ou d’autres partis qui apporteraient un sang nouveau et évidemment des idées nouvelles à l’exécutif. Cela permettrait aussi de ressouder les rangs de la coalition branlante actuelle.

La deuxième solution consisterait en la désignation par le Roi d’un chef de gouvernement politique, issu du PJD, qui sera tenu de proposer un cabinet de techniciens expérimentés afin de constituer un gouvernement en mesure de répondre aux défis actuels. Les femmes et les hommes qui feront partie de ce nouvel exécutif devront être choisis selon leur expérience et leurs compétences établies et prouvées, sans complaisance, ni sentiments, loin de toute considération ou calcul partisans, parce que l’heure est au travail combattif, efficace et profitable à la société marocaine.

La troisième option, hasardeuse celle-là, consisterait à dissoudre le parlement et à convoquer des élections anticipées. Elle a l’avantage de respecter l’esprit et la lettre de la Constitution de 2011, mais est en revanche beaucoup plus risquée dans la mesure où l’atomisation du champ politique couplée à la désaffection des Marocains pour les partis risquerait de produire une cartographie politique encore plus complexe, sans parler d’un taux de participation aux votes qui serait vraisemblablement encore plus faible que celui de 2016.

Au final, de nouvelles élections ne produiraient probablement pas les conditions d’un sursaut qualitatif.
Il reste pourtant une autre alternative, très peu envisageable, celle d’un gouvernement de technocrates. Notons, à ce propos, que si la Constitution de 2011 exclut l’option d’un gouvernement de technocrates sur le fond, elle ne l’interdit toutefois pas sur la forme.

Ce gouvernement serait à l’instar de ceux, plus lointains, de Mohammed Karim Lamrani et Driss Jettou, qui ont enregistré des succès certains sur le plan économique, et permis au pays de traverser des périodes difficiles. Conspués par les partis en leurs temps, vus par certains comme une “confiscation de la démocratie”, ces gouvernements sont désormais regardés avec une certaine bienveillance, notamment par l’élite économique marocaine, qui les considère comme autant de “parenthèses enchantées”, les classant en termes de bilan juste derrière l’historique exécutif d’alternance conduit par Abderrahmane Youssoufi.

Tout cela pour dire que l’heure est venue pour Saâdeddine El Othmani de resserrer les rangs de sa coalition gouvernementale et colmater les brèches qui ne cessent d’éclater les unes après les autres. L’exécutif est appelé à reconsidérer ses orientations et à être plus à l’écoute de la voix de la société qui affiche de plus en plus son manque de confiance dans les institutions classiques.

On comprend que la mission d’El Othmani n’est pas de tout repos, étant pris entre deux feux : d’une part une coalition et une équipe branlante, et d’autre part, un parti, le PJD qui bouillonne au niveau interne depuis plus d’un an, révélant l’ampleur des divergences des points de vue entre les Pjdistes.

Les prochaines semaines s’annoncent donc décisives aussi bien pour le gouvernement que pour le parti de la Lampe, sachant que d’autres partis sont aux aguets…n’attendant que l’occasion !

Par : Dr Abdelhak BAKHAT





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